penche un peu vers l’angle


PENCHE UN PEU VERS L’ANGLE

X_BRANE
Bertrand Gauguet . alto & soprano saxophones
Jean-Sébastien Mariage . electric guitar
Mathias Pontevia . horizontal drums
Tazuki | 00:18.21
Tsuri   | 00:33.56
Hishi _| 00:17.44
total time | 01:10.00
Amor Fati, fatum 019, 2010 | distribution : Metamkine

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This fine realise from Bordeaux’s bijou imprint Amor Fati shows how far these three French improvisors have moved away from their heady flirtation with Reductionism at the turn of the century. Both forward – guitarist Jean-Sébastien Mariage’s work here is spikier and riskier than the delicate textures he provides in the quintet Hubbub – and backward : Mathias Pontevia’s « horizontal drums » recall Lê Quan Ninh, and saxophonist Bertrand Gauguet has extended his repertoire of rasps, gasps, flutters and sputters to reveal an ear for pitch his 2005 solo debut Etwa never hinted at. The centrepiece, the 34 minute « Tsuri », combines his raw multiphonics, the twang and crunch of Mariage’s guitar and Pontevia’s dramatic friction with a feel for the long form AMM would be proud of. The heartbeat might be slow but the animal is dangerous. >> Dan Warburton, The Wire, May 2011

Recherche sonore, rigueur et invention. Un jeu de placements qui s’invente au fur et à mesure. Les questions partent en fumée devant l’évidence. Cette musique laisse toute la place à son auditeur pour se poser doucement et calmement. Son naturel ne perd rien à une certaine mesure cérémonielle. Ce qu’on pourrait appeler la ligne de chaque instrument possède sa logique inséparable des interactions, l’un s’invente avec l’autre.
Lorsqu’on rencontre ce type d’enregistrement on a toujours le sentiment de redécouvrir l’improvisation. Une consistance sans dureté, pas de réactions, que des actions, des désirs croisant. Un son commencé par l’un est amené à son terme par l’autre. Comme une balance intime pesant le poids de chaque son et lui donnant son répondant, une justesse illimitée. Pas de drame, pas d’immobilité, quelque chose qui tire du temps sa substance. Il y a ici non seulement la fusion des instruments, à quoi ces musiciens nous ont accoutumés, mais la fusion même des touchers, plus caractéristique des recherches d’orchestration de la musique écrite.
Un compositeur trouverait certainement à redire à quelques tournures (la remarque ne me vient que parce que nous sommes tout près d’une réussite totale), mais cette musique est si parfaitement jouée que je préfère sa haute perfection heureuse à un texte presque nécessairement écorné par le jeu, attendant un hypothétique génie pour trouver une forme qui nous est donnée ici, native et éblouissante. >> Noël Tachet, Improjazz avril 2011

Il arrive que tout tienne dans le nom : l’esthétique, le propos, l’ambition. C’est le cas d’X_Brane, trio formé par Bertrand Gauguet aux saxophones alto et soprano, Jean-Sébastien Mariage à la guitare électrique et Mathias Pontevia à la batterie horizontale. Sous ses consonances de science-fiction, l’appellation indique qu’on a affaire à une musique aux dimensions cachées.
X_Brane renvoie à la théorie des cordes. Selon cette très sérieuse hypothèse scientifique, le monde ne se limiterait pas aux trois dimensions spatiales que nous percevons. Il en serait doté d’un nombre supérieur. Ces dimensions seraient cependant indécelables, car enroulées sur elles-mêmes et situées à des échelles des milliards de fois plus petites que l’atome.
Dans cette théorie, les branes sont des objets composés de plusieurs dimensions dont la variable x indique le nombre. Enfin, il faut envisager ici les briques fondamentales de matière constituant l’univers comme des cordelettes vibrantes, d’où le nom de la théorie.
La musique d’X_Brane est donc à appréhender sous ce point de vue général, surtout si l’on se réfère au titre de l’album, Penche un peu vers l’angle, qui sonne comme une invitation à changer la position de notre viseur auditif. Il faut tendre l’oreille. Apparaissent alors ces fameuses dimensions cachées, se révèlent des reliefs dissimulés, des paysages ondulants. Cette musique est mue par une énergie noire, c’est-à-dire une force de prime abord invisible, mais bel et bien à l’œuvre. Avec ses souffles granuleux de saxophone, ses cymbales jouées à l’archet et ses peaux de tambour frottées, ses notes de guitares électriques égrenées avec une science aiguë de la retenue, le trio déploie une musique de l’espace, du micro-événement, de l’évolution lente, de la texture.
Certes, l’univers d’X_Brane n’est pas totalement inouï. Il est l’héritier du minimalisme et de l’improvisation européenne. Il s’inscrit aussi dans la famille réductionniste désormais en expansion. Son originalité est, là encore, à chercher du côté de la théorie des cordes, dont l’une des grandes ambitions est de parvenir à unifier la relativité générale et la physique quantique. De même que les scientifiques cherchent à établir un lien entre les lois qui régissent les forces de l’univers et les propriétés spécifiques des particules élémentaires, les musiciens d’X_Brane jouent une musique qui élabore un continuum entre différents courants historiques. Dans ce Penche un peu vers l’angle s’entendent ainsi des mouvements à la manière des compositions romantiques du XIXe, des réminiscences atonales des musiques contemporaines, des répétitions à la mode minimaliste, des éclairs électriques rock, des lambeaux de jazz, des pulsations tribales. Dans leur quête, Gauguet, Mariage et Pontevia produisent un art de l’imbrication et de la dérive des matières d’où surgissent d’étonnantes lumières. Une musique de nouvelle et grande dimension, en effet. >> Vincent Faugère, Jazz Citizen, march 2011